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Genres, sexualités et travail social : Conclusion temporaire


Suite aux échanges qui ont conclu ce séminaire, il semble utile de préciser ou clarifier certains aspects que ce séminaire peut éclairer.
Le titre du séminaire : " Genres, sexualités et Travail social " ne vient pas pour rien, car il relie les questions de genres et les questions de sexualités.
Pourquoi?
Comme l’expliquait la présentation du séminaire, et comme on a pu l’entendre au fil des interventions, il y a deux événements à comprendre et à relier aujourd’hui:

1 - un événement sur les questions de genre : féminisme, homosexualité, transsexualité, mouvement LGBTQIF, tout cela jette un « trouble dans le genre », et un trouble tel qu’il vient troubler non seulement les entités « féminine/masculine », mais la notion même d’id-entité.
La déconstruction des questions de genre vient renforcer l’idée que l’identité est une identification, et que l’identification est « imaginaire » (cf le cours de psychanalyse sur le « stade du miroir » comme « sidération », par exemple). Alors, troubler le genre ne peut plus aller sans le défaire.
Il y a de ce fait deux conceptions antagonistes de l’identité :
  • une conception « narcissique » (où le sujet est mobilisé à répéter l’identification qui le signifie, en s’y contemplant et en s’y sidérant narcissiquement : « moi-m’aime »…), et

  • une conception trans-narcissique (pourrait-on dire?) où il s’agit de se dés-identifier, de s’é-duquer et de se dési(dé)rer.

    Il faut choisir entre ces deux conceptions.

  • Ce choix (éthique) du rapport à l’identité est en rapport avec le deuxième événement :

    2 - un événement (du même coup) sur les questions du désir (et de la sexualité) : troubler le genre, c’est le dési(dé)rer, et l’idée du séminaire, entre autre à l’appui de la transsexualité et de l’intersexualité, est de relier déconstruction du genre et exploration de conceptions non normatives ni normées du désir et de la sexualité (et en particulier par la déconstruction de l’hétéronormativité).

    Le séminaire cherchait à mobiliser ce mouvement : trouble dans le genre/sexualités non normées, en passant par des témoignages/réflexions/analyses sur la sexualité.

    Les interventions de Loïc Jacquet, d’une part, de Marianne Chargois d’autre part, représentent bien cette articulation. Celle de Catherine Anciant aussi (dans les deux temps : enjeu du féminisme”pro-sexe”, et analyse critique du discours « sexologique »). Ou bien la conférence publique, qui articule des paroles sur la sexualité, depuis des expériences de personnes handicapées, de travailleur-e-s du sexe, et de personne transsexuelle… Et, d’une manière générale, en écoutant attentivement les intervenants, y compris dans leur diversité, on peut entendre combien cette articulation est sensible chez chacun : l’attention aux questions de genre a un écho dans les questions de sexualité, et réciproquement, une vraie parole sur la sexualité finit par soulever les questions de genre et du rôle qu’il joue dans les dispositifs sexuels.

    Ce n’est donc pas du tout un séminaire sur la transsexualité, ou alors il faudrait écrire: c’était un séminaire sur la transe-sexualité (sur le fait que la sexualité nous « traverse », nous trans-forme etc…)


    - Ethique professionnelle et sexualité -

    Construire, sinon pour des raisons personnelles (qui relèvent de chacun), en tous cas pour des raisons professionnelles, une conception non normée du genre et de la sexualité, paraît donc très important et possible depuis ce séminaire, et cela s’inscrit pleinement dans tout le travail sur les questions d’éthique.
    Pour que l’éthique soit « professionnelle », il faut qu’elle se conçoive sans référence à la morale. C’est un point décisif (sans lequel éthique et morale se confondent).
    Eh bien, c’est cela que veut dire « conception non normée » de la sexualité : c’est l’idée d’un accompagnement et d’une prise en compte des questions de vie affective et sexuelle dans le travail social, appuyées sur une formation aux questions de genre (les « gender studies » et les « queer studies », par exemple), et aux questions de pratiques sexuelles non (hétéro) normées, et en particulier non « morales ».

    Penser et vivre le genre sans rapport à la sexualité risque de le réduire à une histoire de narcissisme (et de ne pas prendre la mesure du fait que l'identité est une identification), et penser et vivre la sexualité sans rapport avec le genre risque de la réduire à une répétition de rôles genrés non interrogés (et de rester désarmé devant le sexisme, l'hétéronormativité etc.)

    Cela n’est pas facile à faire, mais le séminaire cherchait à montrer que c’était théoriquement et pratiquement possible de mettre en tension ces deux registres et de “s'y prendre autrement” que ne le font les normes morales ou sociales qui assignent nos genres et, du même coup, nos sexes (ou inversement).

    Les témoignages spontanés des personnes de « Handirebellion » lors de la conférence (handirebelliongroupecollectif@hotmail.fr) ont été très éloquents à ce sujet.

    - « Conclusion » (temporaire) :

    Etre éducateur « pro-sexe » (comme l’évoquait Didier Andreau lors de la conférence, en prolongeant l’idée de « féminisme pro-sexe »), ce n’est pas (simplement) être éducateur à l’aise (?) avec les questions sexuelles, ni être sans « tabou » (?), c’est surtout être soucieux d’un accompagnement éthique (c’est-à-dire non normé) des questions de vie affective et sexuelle.

    Cette « posture » peut être mise en parallèle très étroit avec les autres enjeux éthiques que nous construisons: l’éthique est du côté de la vérité (elle « désidère », elle é-duque, elle met chacun « hors de soi »), là où morale, déontologie et technique sont du côté du savoir (et assez inévitablement de la norme - cf Michel Foucault, Jacques Derrida).

    De façon synthétique, on pourrait dire qu’être éducateur pro-sexe, c’est être sensible au rapport très profond entre expérience du désir (dont le sexuel est l’expression la plus forte, qui mobilise le corps) et expérience de la vérité comme dé-sidération, on pourrait dire dési(dé)ration…(cf le texte de Pascal Quignard qui déplie très explicitement ce mouvement : dé-sidération/dé-nudation , in « Vies secrètes », chapitre « Désiderium »).
    C’est le mot de passe possible de ce séminaire…

    Patrice Desmons, Formateur à l'Afertes

     


    Afertes - 2012
     





     
     
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